Pour créer une minilaiterie

Choisir son équipement, cibler sa clientèle

© Bulletin du Réseau TPA n°11 - Décembre 1995

Depuis environ cinq ans, apparaissent dans de nombreux pays d'Afrique des ateliers de transformation laitière, plus structurés que les unités artisanales informelles mais dont la capacité de production est inférieure à celle des structures industrielles : ce sont les "micro" ou "mini" laiteries. Cette évolution, certes encourageante, ne doit pas occulter les difficultés engendrées par la création de ce type de structure.

Comparée aux unités industrielles, on peut considérer qu'une minilaiterie est un atelier de transformation qui conserve un caractère artisanal mais qui utilise du matériel amélioré et une méthode de conditionnement tels que l'ensachage par thermosoudure ou le conditionnement en bouteilles et pots plastique. Elle emploie du personnel et la capacité laitière peut parfois dépasser le seuil de 1000 l par jour.

L'apparition des minilaiteries est bien accueillie par l'ensemble des bailleurs de fond prêts à encourager le développement d'un secteur de petits promoteurs privés indépendants des structures étatiques. Les gouvernements nationaux émettent parfois des réserves sur l'hygiène et la qualité des produits, mais voient dans ce secteur émergeant, un moyen de dynamiser la production laitière locale et donc de limiter les importations ou de fournir des produits laitiers à bas prix.

Dans ce contexte encourageant, les minilaiteries se développent dans tous les pays et les projets se multiplient. Ceci ne doit pas dissimuler les difficultés qui se posent à la création de ce type de structures. Certains éléments, qui peuvent être négligés dans le secteur artisanal informel, deviennent incontournables lorsqu'il s'agit d'investir et de demander des prêts.

Tout d'abord, il est indispensable, avant de créer un atelier de transformation, de réaliser une étude de marché. Cette étape doit permettre de cerner la capacité du marché, les besoins qualitatifs et quantitatifs des consommateurs et leurs moyens financiers.

Connaître le besoin local en produits laitiers

Il faut s'assurer qu'il existe sur le marché une place pour les produits que l'on veut lancer. Si le marché est déjà saturé par des produits existants ou que le niveau de vie de la population ne lui permet pas d'accroître sa consommation, il n'est sans doute pas opportun d'ouvrir une minilaiterie. Si l'on cible une clientèle particulière, comme les consommateurs aisés, il est important de connaître leurs goûts et d'estimer leurs besoins. Il faut toutefois savoir que cette clientèle est très difficile à conquérir et à fidéliser.

Il est peut-être préférable, dans un premier temps, d'écarter les produits dont la fabrication est complexe et nécessite des investissements importants, ou la maîtrise d'une technique difficile. Le lait pasteurisé, le lait caillé et le yaourt par exemple, simples à fabriquer, sont adaptés aux goûts des consommateurs locaux.

Les consommateurs les plus aisés sont également intéressés par d'autres produits tels que le fromage, le beurre et la crème. La fabrication de ces produits nécessite un équipement plus important, qui relève plutôt de la minilaiterie "industrielle" que de l'atelier artisanal ou familial. Toutefois, certains fromages fabriqués traditionnellement dans de petites unités peuvent être destinés à une clientèle locale (Bénin, Togo) ou d'expatriés (Côte d'Ivoire, République centrafricaine).

Trouver un produit adapté à la demande

Il faut impérativement que l'unité de volume commercialisée soit adaptée au pouvoir d'achat de la population ciblée : si un expatrié peut acheter du fromage Wara à plus de 5000 FG le kg, ce n'est pas le cas de la plupart des ménages guinéens. Dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat, le consommateur n'augmentera pas la somme qu'il dépense pour les produits laitiers : au mieux la maintiendra-t-il.

C'est ce qu'ont très bien compris les transformateurs industriels et familiaux qui, après la dévaluation, ont réduit leurs formats de conditionnement (cf. article sur le conditionnement du lait en poudre).

Ainsi en Afrique, du lait Nido est commercialisé en sachet de 32 mg, et les berlingots de lait concentré sucré sont très demandés en raison de leur coût unitaire abordable.

Dans le secteur traditionnel, de nombreux transformateurs ont réduit le volume de leurs sachets, en gardant la même technique de fabrication (en particulier le même taux de dilution de la poudre de lait) pour essayer de maintenir un prix de vente unitaire identique.

Pour réduire les coûts et les risques, il est conseillé de commencer par une petite unité, en utilisant le matériel traditionnel local. Par la suite, si l'atelier marche bien, si l'entrepreneur a su prouver sa capacité à fabriquer et à vendre des produits laitiers, qu'il pense disposer d'un marché suffisant pour élargir sa production, il lui sera beaucoup plus facile de convaincre un bailleur de fonds de prendre en considération une demande de prêt pour un agrandissement ou l'achat de matériel.

Assurer la qualité sanitaire du produit

La qualité sanitaire des produits laitiers ne peut être négligée. L'hygiène n'implique pas de lourds investissements : il est parfaitement possible de fabriquer d'une manière traditionnelle des produits de bonne qualité en respectant un certain nombre de règles à chaque étape de la fabrication :

Il est impensable de se lancer dans la transformation du lait si l'on ne dispose pas de matériel permettant un entreposage à moins de 4 °C. Il peut s'agir d'un réfrigérateur (électricité, pétrole, gaz) ou d'un container isotherme et de pain de glace. Si les produits sont dégradés lors de la vente au consommateur, c'est la marque qui sera discréditée, même si c'est le distributeur qui est responsable de la rupture de la chaîne du froid.

Par la suite, si l'atelier veut valoriser sa démarche de qualité en matière d'hygiène, une demande spontanée de contrôles bactériologiques périodiques peut devenir un bon argument de vente.

La multiplication du nombre de minilaiteries montre qu'il existe, en Afrique, un créneau pour la transformation laitière demeuré inexploité. L'apparition de ces petites structures est intéressante et doit être soulignée car elles favorisent assurément la commercialisation et la consommation du lait et des produits laitiers en Afrique.


Jean-Michel Centres (Gret)© Bulletin du Réseau TPA n°11 - Décembre 1995


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