L'emballage : un enjeu majeur pour les activités agroalimentaires

Côte-d'Ivoire

© Bulletin du Réseau TPA n°10 - Juillet 1995

L'urbanisation croissante de la population et l'allongement des filières agroalimentaires conduisent, dans tous les pays du monde, à un accroissement rapide de la demande en emballages alimentaires. Les pays en développement n'échappent pas à cette tendance. Pour mieux connaître la situation de ce secteur, le Cirad(1) a entrepris une étude socio-économique sur un ensemble de pays africains. Le cas de la Côte-d'Ivoire est ici évoqué.

L'industrie de l'emballage ivoirienne est la plus développée et la plus diversifiée de tous les pays d'Afrique de l'Ouest francophone. Tous les types d'emballage (en papier-carton, en plastique, en textile, métalisés), à l'exception du verre, y sont représentés : 3,1 % du chiffre d'affaires généré par le tissu industriel relèvent de l'emballage, 4 % du personnel industriel ivoirien travaillent dans ce secteur.

Les entreprises spécialisées ont, en grande majorité, une situation financière saine. Malgré la situation de crise, la tendance générale est depuis quelques années à l'amélioration et à l'innovation des produits, ainsi qu'à la modernisation des équipements. L'appareil de production est relativement performant.

Une industrie très dépendante des importations de matières premières

Le secteur est entraîné par une forte demande locale et surtout par l'importance des exportations agro-industrielles. L'expansion des industries agroalimentaires, fortes consommatrices d'emballages, est un gage de pérennité pour les entrepreneurs. Le marché intérieur est essentiellement orienté vers la vente au détail ; quant à la demande du secteur exportation, elle évolue en lien étroit avec les réglementations des pays importateurs, européens essentiellement.

Malgré ces points positifs, le secteur industriel de l'emballage présente des points faibles. Il dépend presque totalement des matières premières importées à des prix très élevés (90 % des achats totaux). Il faut y ajouter de nombreux problèmes de rupture de stock, de frais de transport élevés et de dépendance vis-à-vis des services douaniers. La fiscalité représente une part très importante du prix de revient d'un emballage.

Certains facteurs de production, notamment celui de l'énergie électrique, ont également un coût prohibitif. En conséquence, les emballages ont un prix de vente très élevé, le double par rapport à l'identique européen ou asiatique, ce qui incite à l'importation de produits finis et provoque de nombreux problèmes de qualité et de régularité d'approvisionnement, ainsi que trop peu de diversité. Aucune étude récente ne permet d'évaluer l'impact de la dévaluation du franc CFA sur l'évolution du secteur.

Parmi les autres points faibles, on peut citer l'insuffisante formation des personnels, le manque de dialogue et de coordination entre producteurs et utilisateurs. Pas de standardisation ni de certification qualité. Pas de recherches non plus ; uniquement du transfert de technologie.

Les utilisateurs se plaignent de la faible diversité des produits proposés, notamment pour l'exportation. En l'absence de concurrence, les industriels de l'emballage imposent leur produit. Dans les secteurs de l'emballage métallique et papier/carton, la situation est celle d'un quasi monopole. Une seule entreprise contrôle 80 % du marché du carton ondulé. L'exportation se fait souvent en vrac, la valeur ajoutée du conditionnement revenant à l'importateur. Les emballages, supports de forte valeur ajoutée, pour les jus par exemple, font défaut et limitent la valorisation des produits locaux.

Un positionnement spécifique du secteur artisanal

Le secteur artisanal de production d'emballages recouvre deux types d'activités : des petites entreprises de fabrication d'emballages plastique et des micro-entreprises, proches de la fabrication domestique, utilisant des produits végétaux. Dans les deux cas, cette production vise le marché intérieur.

Assuré par de nombreuses petites entreprises du secteur informel, ce type de fabrication concurrence directement la production industrielle. Il occupe une place importante et peut influencer fortement le marché, comme c'est le cas pour la production d'emballages plastique. (Certaines entreprises productrices de biens de consommation se sont d'ailleurs équipées d'une unité de production d'emballages plastique.)

Le coût des installations ne représente pas un investissement élevé. Les entreprises artisanales utilisent des matières premières importées comme les entreprises industrielles, mais la plupart d'entre elles n'étant pas légalisées, elles ne payent pas d'impôt. Plus souples, elles s'adaptent rapidement aux variations de la demande en proposant une gamme plus large de produits.

Si les entreprises industrielles, lourdement taxées, se plaignent de cette concurrence "déloyale", il ne fait pas de doute que le consommateur en bénéficien, du fait de prix de vente inférieurs et d'une offre plus variée.

De nombreux artisans proposent également des emballages alimentaires en fibres végétales (jute, sisal...). Les paniers et différentes feuilles d'arbres ou d'arbustes servent en effet à emballer certains produits frais, notamment sur les marchés ou dans la restauration de rue. Les feuilles de banane par exemple sont utilisées pour emballer le poisson et le riz, les feuilles de Tomato coccis danielli pour le traditionnel attiéké (préparation à base de manioc) ; on se sert aussi des feuilles de kola, de teck... Ces emballages sont fabriqués individuellement par des femmes qui sont souvent aussi les préparatrices ou les détaillantes des produits emballés. Ce type d'emballage, qui concerne un type d'utilisation bien spécifique, ne concurrence pas directement les produits industriels.

Un très grand savoir-faire : la récupération

L'évocation du secteur de l'emballage en Côte-d'Ivoire serait incomplète si on ne mentionnait pas le rôle, extrêmement important comme partout en Afrique, de la récupération d'emballages déjà utilisés (en plastique, métallique, en verre, etc.).

Cette activité concerne particulièrement les sacs en fibres végétales (jute ou sisal importés d'Asie, dah importés du Mali) dont la vocation première est le transport et l'exportation du café, du cacao et du coton. Officiellement, la durée de vie d'un sac de jute ou de sisal est limitée à trois voyages. Les produits emballés sont envoyés en Europe, puis les sacs sont retournés vides sur les lieux de production. Au bout de ces trois utilisations, le sac est censé être recyclé en Europe (usine en Belgique) ou bien brûlé par le producteur.

En pratique, la valeur de ces sacs reste très importante. Ainsi le "sac de ramassage" coûtait en septembre 1993 : 245 F CFA contre 432 F CFA pour le sac "export café".

Le marché informel du sac de jute est surtout développé pour le "sac de ramassage", qui sert au transport intérieur des produits. Un sac de jute par exemple peut supporter une vingtaine de rotations. La réutilisation et le recyclage des sacs sont maximisés dans un pays comme la Côte-d'Ivoire où le faible pouvoir d'achat pousse la population à un marché de récupération très performant (marché d'Adjamé). Au stade ultime du recyclage, les sacs de jute sont décousus pour confectionner des petits sachets ou pour être transformés en ficelle.

Le soutien de l'Etat à la production nationale

La filière emballage a été reconnue comme prioritaire dans le programme gouvernemental concernant les industries agroalimentaires. Le principal objectif visé est la réduction du coût des emballages en limitant les importations de matières premières et en intensifiant les recherches sur les matériaux locaux. Quelques actions sont en cours ou en projet :

Le développement de l'organisation des professionnels de l'emballage et du secteur de contrôle de la qualité (Codinorm) doit être soutenu. La création d'un organisme spécifique, comme c'est le cas au Maroc et en Algérie, pour coordonner les actions dans le domaine de l'emballage (standardisation, garantie de qualité, formation, recherche, développement de nouvelles technologies...) pourrait être très efficace.

Enfin, il conviendrait de mieux connaître le secteur artisanal, formel et informel, afin de stimuler sa participation à la dynamique globale de la filière. En effet, il joue un rôle très important pour accroître la diversité des emballages sur le marché, réduire leurs coûts et faire jouer la concurrence.

Nathalie Gontard, D. Sautier

Pour en savoir plus :
Chalvignac C. Rapport de mission sur la filière emballage en Côte-d'Ivoire. Cirad-Sar, 1993. Onudi. Formulation d'une stratégie et d'un plan d'action pour le développement de la filière industrielle des emballages en Côte-d'Ivoire, 1990, projet SI/VC/ 89/808. Contact :
Nathalie Gontard, Ensia-Siarc, 1101, avenue Agropolis BP 5098 34033 Montpellier cédex. Denis Sautier, Cirad-Sar BP 5035 - 73 rue J. F. Breton 34090 Montpellier cédex.

Quelques chiffres
Les pays en développement consomment beaucoup moins d'emballages que les pays industrialisés (29 kg/an/habitant, contre 163 kg en moyenne dans les pays industrialisés) mais en produisent encore moins. Ainsi, la production africaine d'emballages ne représente que 0,5 % de la production mondiale contre 45 % pour l'Europe. La consommation de polypropylène par les PED représente 26 % de la consommation mondiale, alors qu'ils n'en produisent que 13 %.

Les différents types d'emballage fabriqués en Côte d'Ivoire

© Bulletin du Réseau TPA n°10 - Juillet 1995


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